Voir loin, voir large §

05.09.2016

Voir loin, voir large !

On se demande souvent quelle société nous préparons pour les générations futures ? Quel modèle de vie devront-elles adopter ou subir pour acquitter la « facture climatique » que nous leur aurons léguée…?

Avec neuf ou dix milliards de terriens, si le « luxe » de pouvoir décemment boire et manger, se chauffer et s’abriter, tout en accédant à un minimum de bien être, est enfin partagé par tous et non pas, comme aujourd’hui, interdit à deux milliards d’êtres humains, alors, comment faut-il d’abord résoudre « l’équation de 2050 » ?

Et comment la résoudre surtout en sachant qu’en outre, à cette échéance, l’énergie disponible sera rare, et donc chère, comme le seront simultanément l’eau et la nourriture… Oui, on peut en effet s’interroger légitimement sur ce qu’il convient de faire. Les « bons conseils » de tel ou tel ne manquent pas…

C’est simple, diront certains !

L’histoire humaine a prouvé, jusqu’au XIXème siècle, qu’un modèle de développement sobre, autarcique, rural et peu technologique était viable. Un tel modèle se fonde d’ailleurs pour l’essentiel sur l’utilisation des ressources naturelles renouvelables de la terre, des forêts, de l’eau et du vent. Il n’y a qu’à s’en inspirer pour dompter le futur !

Certes ! Mais ceux-ci oublient trop vite que, jusqu’au XIXème siècle, la planète n’a jamais compté plus d’un milliard d’habitants, soit 10 fois moins que ce que nous réserve l’avenir. Le modèle de vie « bucolique » que ces « conseilleurs » invoquent, avec « chacun son lopin et sa cabane », est donc une parfaite illusion pour 10 milliards de terriens, urbanisés à 70 %, et ayant tout oublié ou presque des « fondamentaux de la survie »…

Qu’à cela ne tienne, diront d’autres !

L’histoire humaine a montré que la science, la technologie et les découvertes étaient toujours venues à bout de tous les défis. Soyons confiants !

Oui, sans doute ! Mais ceux-là oublient bien vite que tous ces fameux « progrès » qu’ils espèrent et qui ont permis, dans le passé, d’augmenter le niveau et le « rendement » technologique de notre civilisation, n’ont été possibles que grâce à plus d’énergie consommée, et grâce à l’abondance de sources d’énergies fossiles bon marché. Chaque étape de croissance et de progrès technologique fut ainsi de plus en plus énergivore ! Or, l’énergie sera désormais rare et chère…

Sobriété, innovation, et bioéconomie, seront en fait les vraies solutions de notre équation…

Il faut les analyser en profondeur, et en largeur, en sachant aussi tirer les enseignements du passé. La réponse bioéconomique de la terre et des forêts – comme des océans – est particulièrement ubiquiste et constitue un point de passage obligé et majeur du cycle du carbone planétaire.

Depuis l’aube de l’humanité, nos ancêtres en ont tiré parti pour survivre en faisant de la bioéconomie sans le savoir.

Ce sont alors les multiples usages alimentaires et non alimentaires des productions de l’agriculture, de la pêche, de l’aquaculture et de la sylviculture qui sont en jeu, avec de surcroît la réutilisation agronomique ultime et fertilisante des déchets organiques ou des cendres végétales.

Tout ce capital de savoirs et d’expériences est fondamental. Il a été accumulé depuis des siècles.

Grâce à lui, l’homme a acquis le contrôle de la terre et de ses productions, c’est à dire la maîtrise de sa propre survie sous chaque climat et dans chaque territoire… Et ces savoirs restent encore, aujourd’hui, l’apanage des paysans, des forestiers et des agronomes. Ce sont des professionnels en « or massif », à protéger en priorité… D’ailleurs, ces « hommes de la terre » sont d’autant plus précieux qu’ils sont de moins en moins nombreux face à des besoins fondamentaux de nos sociétés qui, eux, vont et iront croissant.

Le CLUB des Bioéconomistes