Le CLUB des Bioéconomistes | Une économie pas tout à fait comme les autres
2010
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Une économie pas tout à fait comme les autres

La bataille de l’opinion !

Le CLUB / 2018

De la photosynthèse à l’industrie et aux marchés, la bioéconomie est la valorisation renouvelable des fruits de la terre et du soleil en aliments, matériaux, bases chimiques, fertilisants organiques et bioénergies variées. C’est aussi un choix de développement « sans regrets », riche en valeurs et en externalités positives.

Les bio-filières représentent aujourd’hui 6 % des approvisionnements de toute l’économie française pour l’énergie, les matériaux et la chimie. Un doublement de cette contribution économique majeure est visé dans les 20 ans à venir pour répondre aux enjeux du climat et de la transition énergétique. Parallèlement, les dynamiques positives de l’emploi et de l’innovation dans les filières bioéconomiques constituent encore d’autres atouts maîtres pour cette nouvelle croissance verte.

Pourtant, malgré tous ces « talents », le développement de la bioéconomie doit affronter de nombreux obstacles, et les principaux touchent aux idées :

-Celles de notre civilisation citadine d’abord, qui a presque tout oublié de ses fondamentaux et du risque de la rareté (ne sommes-nous pas devenus amnésiques et myopes ?).

-La prise de pouvoir d’une certaine forme « d’écologisme » dogmatique ensuite. Chacun revendique le droit de tout consommer, mais en prétendant aussi tout protéger. Et cet « écologisme » est souvent plus friand de polémiques que de vrais savoirs et d’informations.

-Enfin, la réaction de certains lobbies qui voient dans la bioéconomie une intrusion dérangeante de la « croissance verte » dans leur propre business et dans leurs stratégies d’approvisionnement.

Quoique renouvelables, les exigences de fonctionnalité qui sont imposées aux bioproduits et aux bioénergies par les marchés sont ainsi les mêmes, voire même « supérieures » à celles des produits conventionnels, fossiles ou minéraux (qui, eux, sont épuisables…). Et les externalités positives des filières durables du « carbone vert » (carbone, emploi, devises, risques…), quoique très importantes, ne bénéficient d’aucune valeur reconnue ni rémunérée par les lois ou par les marchés.

Faut-il alors, pour la bioéconomie, se résoudre à devoir subir la « tyrannie des dominants » en ayant à prouver et prouver encore sa légitimité, sa durabilité et sa compétitivité ?… Et d’ailleurs, de quelle compétitivité parlons-nous ? La règle du jeu de l’économie de marché ne veut-elle pas que l’on compare le prix de produits d’usages équivalents. Mais qu’en est-il quand nous avons à faire à des produits dont les uns sont épuisables (et souvent polluants, voire dangereux), tandis que les autres, bio-sourcés, sont renouvelables (et largement vertueux… ) ?

Non, la bioéconomie n’est décidément pas une économie comme les autres. Elle revendique une agriculture et une sylviculture productives (mais qui soient aussi aussi sobres et diversifiées), à une époque où le mot « productivité » n’est même plus compris. Or, la productivité ne conditionne-t-elle pas un vrai développement durable pour 10 milliards de terriens à venir ? Et les bénéfices connexes de la bioéconomie, (ou externalités positives), doivent pouvoir être comptabilisés explicitement dans les arbitrages de politique publique et dans les analyses de cycle de vie. De telles aménités n’ont-elles pas vocation d’ailleurs à être valorisées selon le principe du « dépollueur – bénéficiaire » ?

Enfin, un effort durable d’éducation, d’information et de communication n’est-il pas indispensable pour réhabiliter dans l’enseignement, dans l’opinion et dans les médias la légitimité d’une véritable « économie industrielle du vivant », aujourd’hui critiquée parce qu’incomprise.

La bataille de la bioéconomie n’est donc pas une bataille comme les autres, car l’économie du vivant ne ressemble à aucun autre défi. Tant que le pétrole restera sous-coté et tant qu’une véritable information n’aura pas repris le dessus face aux polémiques et aux dogmes, la bioéconomie devra s’imposer par les idées, les savoirs et la communication.