foret tropicale brume ONF

06.01.2015

De la déforestation à la reforestation tropicales (2014)

Le dialogue sur la lutte contre la déforestation tropicale s’est longtemps résumé à une demande des pays développés adressée aux pays du Sud pour cesser d’aggraver la perte de biodiversité et pour freiner l’accroissement de l’effet de serre par le relargage de gaz à effet de serre. En fait, le rythme de déforestation baisse dans le monde, comme au Brésil par exemple, et ce davantage par une volonté des dirigeants des pays en cause que par des contrats Nord-Sud finançant la « non-émission de carbone »… Toutefois, ces débats ont eu l’inconvénient de réduire le rôle des forêts tropicales, dans l’esprit des publics, à la seule aggravation de l’effet de serre due à la déforestation ! On en a oublié ainsi que ces forêts peuvent être, en étant gérées (ce qui devrait être une priorité), une formidable source de biomasse dédiée aux énergies et aux bio-produits renouvelables de ces régions.  

Mais une production durable est-elle possible sous les tropiques ?

Dans tous les cas, la gestion durable et efficace des forêts tropicales est possible et doit mettre en responsabilité (ou associer dans des partenariats actifs) les populations riveraines, sous une forme appropriée (coopérative, associative, communauté traditionnelle). Les forêts certifiées par exemple, qui ne représentent encore que 4 % des forêts tropicales, peuvent actuellement être considérées comme gérées durablement. Les forêts primaires restantes, non certifiées, devraient pouvoir être conservées et valorisées au maximum pour leur contribution socio-économique et leur biodiversité. Et c’est précisément lorsque ces forêts primaires seront entourées ou complétées par des forêts gérées durablement qu’elles seront protégées au mieux.

  Quels objectifs agro-forestiers faut-il alors rechercher pour 2050 dans les tropiques ?

Ces objectifs peuvent être résumés sommairement comme suit (source : Banque mondiale) :

Conserver au minimum 800 millions des 900 millions d’ha de forêts primaires existantes.

Stabiliser, restaurer et certifier en gestion durable 650 millions des 800 millions d’ha  de forêts dégradées ou exploitées en forêts de production actuellement.

Convertir en agro-foresterie 750 millions du milliard d’ha de terres agricoles tropicales en contribuant à stabiliser les systèmes agricoles tout en augmentant les rendements globaux, agricoles et cellulosiques.

4  Planter 500 millions d’ha sur les 1 800 millions d’ha de terrains tropicaux nus, dégradés, abandonnées par l’agriculture, tout en investissant pour valoriser le bois et la biomasse par l’économie verte (cogénérations bio-électriques, carburants verts, foyers améliorés…).

  Au total, selon le plan de la Banque mondiale qui précède, et grâce en outre au développement induit des économies vertes (« bio-sourcées »), les forêts tropicales devraient alors passer d’un stade actuel global de quasi « neutralité–carbone » à une performance vertueuse d’émissions évitées annuellement de 8 milliards de tonnes de carbone ! Ce résultat prospectif impressionnant serait à comparer aux 3,4 milliards de tonnes de carbone qui sont accumulés annuellement dans l’atmosphère par les activités humaines. Cet objectif devrait aboutir en outre progressivement à l’arrêt total de la déforestation en développant une véritable bio-économie verte au profit des populations…    

Le CLUB des Bio-économistes / M. de Galbert…