colombage T2

06.05.2016

De la fibre à tout faire

Nous avons tous vécu depuis notre enfance dans l’illusion que le bois et les fibres n’étaient décidément pas à la hauteur du « progrès ». Qui n’a pas pensé que ce bois et ces fibres étaient fragiles, périssables et inflammables, qu’ils ne résistaient pas plus au vent qu’aux termites, qu’ils se déformaient, qu’ils s’entretenaient difficilement et qu’ils ne correspondaient en rien au noble idéal des bâtisseurs « en dur » ?

Même les loups s’en sont mêlés !

Et pourtant, le bois et la fibre constituent déjà, en France, plus de 10 % des matériaux de construction, 20 % des emballages et la quasi totalité des supports d’impression grâce aux papiers.

Et des structures urbaines entières subsistent encore, partout, fleurons magnifiques du Moyen-âge rescapés d’un urbanisme dévoyé. Elles dressent fièrement jusqu’à six ou sept étages d’ossatures en bois comblées de torchis isolants, véritables « ciments » de terre armés de fibres végétales. Ces structures ont résisté, admirablement, à Paris, à Rennes, à Rouen, à Dijon, à Strasbourg et ailleurs. Elles ont défié le temps, et jusqu’aux séismes, grâce à la souplesse de leurs assemblages.

Le ciment moderne, quant à lui, ne fut découvert qu’en 1818 par Louis Vicat, et le béton armé ne fut réellement employé en construction que vers 1900, toujours à l’instigation d’un français, avant d’être « reconnu officiellement » comme matériau de structure en 1906. Le béton n’a donc qu’un siècle d’histoire, et, comme souvent, cette histoire doit beaucoup à la France.

Mais au fait, sait-on vraiment comment vieillira le béton armé, ce singulier assemblage rigide de mortier – qui se micro-fissure – et d’acier, qui rouille et qui gonfle ? Que sera donc l’allure et la tenue de ce qui fait la toile de fond de notre environnement urbain vertical, dans trois ou quatre siècles, c’est à dire à l’âge qu’ont actuellement nos vieux colombages moyen-âgeux ? On manque un peu de recul, c’est sur, et cela peut faire frémir à juste titre…

Mais qui diable a donc pu inventer la fable des trois petits cochons ?

Et pourtant, ce bois de structure, longtemps rangé en France parmi les souvenirs un peu frustes de temps révolus, n’est-il pas un matériau renouvelable, le seul d’ailleurs ? N’est-il pas un merveilleux puits de carbone durable, à raison d’une tonne de CO2 séquestrée par mètre cube de bois ? N’est-il pas, pour le futur, une réserve d’énergie-renouvelable elle aussi qui sera récupérable et valorisable lors de la démolition des habitats ?

N’est-il pas léger, souple, isolant, et d’une incroyable sobriété énergétique à produire, comparée à la boulimie de kilowattheures du béton et de l’acier, sans même parler de l’aluminium !

Et ce qui est vrai pour la construction pourrait bien l’être aussi pour la plupart des objets et équipements qui font notre quotidien. A l’image du papier, ce prince héréditaire et indétrônable de la culture universelle, s’ouvre la voie des bio-composites : des fibres de cellulose, noyées dans un liant qu’elles rigidifient ! C’est un petit clin d’oeil à nos bons vieux torchis moyenâgeux et à leurs « maçons » qui, en matière de composites, avaient décidément tout inventé…

Le chanvre donne le « béton de chanvre » et les parpaings de construction fibreux, allégés, isolants et parasismiques. Le lin, comme le chanvre, donnent des composites fibreux pour la décoration, les structures légères, l’automobile et même l’aéronautique. Les fibres de bois donnent les panneaux et le « bois composite », capables de fournir « au kilomètre » des cloisons, des planchers, des sols et des parements extérieurs isolants…

Non, vraiment, des matériaux comme le bois et la fibre, renouvelables, recyclables, sobres, fonctionnels, durables et capables en outre de stocker de l’énergie et du carbone, méritaient bien mieux que ce que le siècle du pétrole, du béton et de l’acier leur a réservé.

C. Roy – Le Club des Bioéconomistes