arbre feuille

13.02.2015

Les défis de la bioéconomie

A l’horizon 2050, une nouvelle stratégie qui s’impose à nous face au défi climatique, un nouveau paradigme…

- En termes d’adaptation, la principale réponse de base des civilisations est la diversité, pour éviter surtout de « mettre tous nos œufs dans le même panier ». Ceci vaut en agriculture et en sylviculture bien entendu, mais tout aussi bien dans les choix énergétiques, technologiques et organisationnels de nos sociétés.

- Pour prévenir parallèlement le changement climatique et ses causes. Et là, le challenge est encore plus exigeant ! Car il n’y a en fait que trois voies d’action possibles, et elles sont toutes impératives. Nous n’avons pas le choix :

- Il faut d’abord réduire nos consommations d’énergie et de matières premières en s’imposant d’être ou de redevenir sobre à tous les niveaux. Or, incidemment, les bio-énergies et les bio-produits sont des modèles de sobriété… !

- Il faut aussi, simultanément, réapprendre et développer le « renouvelable » et le « sans carbone ». C’est en particulier le cas pour l’énergie, (et l’enjeu des énergies renouvelables est désormais reconnu). Mais l’énergie n’est pas seule en cause dans cette course au « sans carbone », car tous les matériaux et toute la chimie d’aujourd’hui, ou presque, reposent plus ou moins directement sur des consommations de carbone fossile. Là encore, incidemment, notons que les produits et les matériaux bio-sourcés savent répondre par nature à l’appel pour « décarboner » l’économie, et ce depuis des siècles… !

- La troisième obligation que nous impose enfin le défi climatique est de gagner du temps sur la dérive de l’effet de serre. Un temps qui sera précieux pour nous adapter et pour innover. Un temps dont on peut ralentir en partie le « décompte climatique » en stockant et en « neutralisant » le plus de carbone atmosphérique possible. Un temps gagné à proportion de notre capacité à augmenter la faculté de séquestration de carbone de la planète, en particulier dans les végétaux, les sols et les produits « bio-sourcés ».

Et là encore, à nouveau, c’est la « pompe à carbone » de la photosynthèse qui détient une clé majeure de notre futur avec en outre, en aval, le développement de l’usage des bio-produits !

On redécouvre ainsi « l’équation vertueuse du carbone vert », après un siècle d’une économie flamboyante mais « épuisable » fondée sur le charbon et les hydrocarbures.

La terre, la forêt et le soleil, moyennant des précautions et certaines limites, peuvent en effet nous aider significativement à affronter les défis climatiques en empruntant vertueusement les trois seules voies durables possibles décrites ci dessus. Car la terre, la forêt et le soleil peuvent nous fournir, en toute sobriété, de l’alimentation certes (qui n’est qu’une forme particulière d’énergie renouvelable), mais aussi des matériaux, des molécules et des énergies « sans carbone », ainsi que des fertilisants organiques pour nourrir les sols et les plantes. Tous sont en outre autant de « puits de carbone » efficaces.

C’est donc un nouveau « printemps de la bio-économie » qui bourgeonne et refleurit ! Car si les deux « pompes à carbone » naturelles (que stimulent les forestiers et les paysans…) qui sont issues des terres et des forêts sont effectivement à même de « soutirer » efficacement une partie du carbone en excès dans l’atmosphère et de le séquestrer, tout en répondant aux besoins de nos sociétés en produits renouvelables dérivés du « carbone vert », variés, sobres et recyclables, elles ont encore bien d’autres facteurs d’attractivité ! Les filières de la bio-économie sont en effet puissamment créatrices d’activité durable, à raison de un emploi supplémentaire net créé dans les territoires pour 1 000 tonnes/an produites, et plus encore à l’aval dans leur transformation industrielle ! Et chaque fois que l’on fait « pousser » la biomasse, qu’on la cultive, qu’on la récolte et qu’on la transforme dans ses filières aval, on finance par la même occasion son propre renouvellement en rémunérant l’agriculteur, le sylviculteur et leurs investissements. Ces avantages décisifs nous semblent tellement évidents qu’on peut en oublier facilement qu’ils font précisément « la différence », et quelle différence, avec le pétrole, le gaz ou le charbon, qu’on déstocke et qu’on épuise sans en renouveler les gisements, et qu’on importe à grands frais sans en capter la valeur ! Qui, dès lors, du renouvelable ou de l’épuisable, peut prétendre être le plus durable et le plus compétitif ?

Le CLUB des Bio-économistes / CGAAER / décembre 2014