moisonneuse

23.03.2015

Les feuilles de route de la bioéconomie

2020/2030, les échéances du « Paquet énergie-climat » européen, et 2050, celle du « facteur 4 », sont finalement bien proches de nous ! Les objectifs assignés en France à la biomasse, à ces horizons, consistent, pour simplifier, à devoir multiplier par deux d’ici 2030 le poids du « bio-sourcé » dans l’ossature énergétique et industrielle de nos sociétés, et à viser ensuite un nouveau doublement des ambitions de la bioéconomie, au minimum, dans les trente ans qui suivront…

C’est un challenge qui n’a jamais connu d’équivalent ! Une feuille de route stratégique est d’ailleurs en préparation pour « traçer la piste »…. Et elle sera difficile à suivre, sans aucun doute! Mais la France ne part pas de rien (voir encadré ci dessous), surtout depuis la « renaissance » de la bio-économie dans les années 1990 (on peut considérer que cette « nouvelle » bio-économie a fêté ses 20 ans en 2012…), puis, surtout, depuis le début des années 2000 (plan bio-carburant, plan bio-combustibles, plan chimie du végétal,…).

bioeconomie chiffresNous prenons désormais conscience que la biomasse, donc la bio-économie, fournit déjà à la France 5 % de sa consommation énergétique primaire, soit l’équivalent de 10 % de ses besoins totaux en pétrole, en gaz et en charbon, ou même encore les deux tiers de ses énergies renouvelables. Le bois et la forêt alimentent plus de 60 % de cette puissance bio-énergétique, l’agriculture et l’agro-alimentaire 30 %, et la valorisation des bio-déchets 10 %. Dans le même temps, on peut dire en simplifiant que la biomasse assure également 5 % à 7 % des approvisionnements des industries de la chimie et des néo-matériaux, 10 % des matériaux de construction, 20 % des emballages et près de 100 % des supports d’impression et des fertilisants organiques.

Alors, avec 9 milliards d’habitants-consommateurs annoncés sur notre planète, il est certain que tous les pays, dont la France en particulier, ont et auront une obligation pressante de produire, de mobiliser et de valoriser durablement beaucoup de biomasse et de « carbone vert », dans les champs comme dans les bois ! La productivité agricole et forestière est donc appelée à redevenir un axe stratégique majeur du développement durable, comme elle le fut au cours de notre histoire, pour que l’économie verte soit véritablement au service d’une nouvelle croissance soutenable.

Produire beaucoup sera ainsi de plus en plus une obligation évidente, ne serait-ce que pour l’alimentation. Mais simultanément, nous devrons nous imposer aussi de produire sobrement, en préservant notamment les sols, et ceci tout en diversifiant en outre nos productions et nos systèmes de mise en valeur des terres. Face aux changements climatiques en effet, et face aux risques sanitaires, des productions agricoles et forestières diversifiées auront plus de flexibilité, de résilience, et donc d’autant plus de chances de s’adapter et de résister !

Tous ces éléments complexes montrent à quel point nous devons doser les équilibres de la bio-économie et du « carbone vert » en consentant, en priorité, un effort énorme pour la mobilisation efficace et le renouvellement durable des ressources. Et l’effort à fournir n’est d’ailleurs pas moindre, simultanément, pour assurer une éducation et une information « raisonnées » au profit de nos concitoyens sur ces sujets fondamentaux, mal appréhendés le plus souvent. Notre propre avenir en dépend.

Le CLUB des Bio-économistes / janvier 2015