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24.02.2015

La biomasse à la carte

 Toutes les valorisations de la biomasse présentent un potentiel et des externalités positives très importants. Ce sont des filières variées et sobres, riches en emplois et en développement territorial, motrices dans la substitution et la séquestration du carbone… En outre, si le coût des bio-énergies et des bio-produits reste encore, en apparence, plus élevé que celui de leurs concurrents d’origine fossile, ce surcoût n’est en fait que relatif, puisque le caractère renouvelable de la biomasse et de ses productions n’est pas encore « monétarisé » et n’a pas d’équivalent.                                      

Les perspectives de développement des bio-filières, déjà bien réelles et prometteuses, ouvrent d’ailleurs sur une très grande diversité comme le montre le rapide « catalogue » qui suit :

  •     Les matériaux « traditionnels » (bois-matériau, pâtes et papiers, panneaux et bois reconstitués, textile, caoutchouc, etc.), ainsi que leurs filières de recyclage (ex : vieux papiers, bois de récupération), constituent véritablement le « socle » actuel de la valorisation non alimentaire de la biomasse. Ils disposent encore de marges de développement, de progrès et d’innovation considérables. 

  •     Les « néo-bio-matériaux » (bio-plastiques, bio-composites fibreux, etc.) seront appelés à concurrencer à terme la plupart des matériaux actuels, dits « classiques », qui sont trop « énergivores » (plastiques, acier, aluminium, fibres minérales, et même béton…), dès lors que leurs technologies et leur compétitivité seront pleinement maîtrisées.

  •     Les « bio-molécules » de la « chimie du végétal » (solvants, lubrifiants, tensioactifs, polymères, intermédiaires chimiques, etc.) viennent dès à présent élargir et diversifier les filières chimiques traditionnelles de la biomasse (savonnerie, amidonnerie, pharmacie, chimie fine, parfumerie…) et pourront pleinement se développer et prendre leur place dans le monde de la chimie du pétrole en poursuivant l’effort intense d’innovation qui est engagé.

  •     Les « biocarburants » sont issus de la transformation thermochimique ou bio-technologique de la biomasse agricole, et bientôt de celle de la cellulose au sens large. Ils offrent des bilans énergie-carbone très performants (bien supérieurs à ceux des carburants fossiles), et sont parfaitement adaptés pour entrer directement dans la composition des carburants pétroliers, mais aussi pour alimenter parallèlement certaines filières de la chimie. Ils sont désormais « certifiés » en regard de critères de « durabilité » européens (c’est un exemple unique au monde). Leurs co-produits protéiques sont en outre particulièrement précieux, notamment dans l’alimentation animale. Les technologies de 2e et 3e générations de bio-carburants (à base de cellulose ou de bio-méthane, puis un jour peut être à base de micro-algues) ne sont encore qu’au stade de la recherche mais leur potentiel de développement, quoique limité physiquement, pourrait être significatif à l’avenir, peut être au cours de la prochaine décennie.

  • ++display++w200[1]    La chaleur d’origine biomasse répond à des besoins industriels, agricoles, collectifs et urbains (chaufferies, réseaux de chaleur) en remplaçant des combustibles fossiles. Cette filière peut être considérée comme mature au plan technologique et en voie de développement massif.
  •     La chaleur d’origine biomasse pour les besoins domestiques (bois bûche, plaquettes et agro-pellets) est la filière énergétique de valorisation de la biomasse qui est actuellement la plus importante en volume. Quoique peu évolutive, elle s’avère néanmoins de plus en plus efficace en termes de rendement grâce à des labels d’équipements comme « Flamme verte ». C’est également une filière mature qui peut encore progresser par la promotion de bio-combustibles innovants et d’équipements encore plus performants.

  •     L’électricité d’origine biomasse est un sous produit de la vapeur ou du biogaz. Elle est obtenue en co-génération grâce à des turbines ou des moteurs. La technologie à base thermique est mature mais, en revanche, la maîtrise « efficace » de la technologie de gazéification, qui est un enjeu technologique d’importance stratégique pour le futur, justifiera encore d’importants investissements en recherche-innovation. Cette filière ne peut toutefois durablement se développer qu’en pleine synergie avec les filières existantes du bois-fibres.

  •     Le gaz de méthanisation (biogaz), issu de la fermentation de sous produits et de déchets organiques (bio-déchets), peut être valorisé en chaleur, en électricité, en gaz combustible ou en bio-carburant (bio-méthane). Quoique maîtrisées à la base, ces technologies doivent encore évoluer (ex. : carburant) et nécessitent aussi des recherches technologiques et des innovations logistiques et normatives non négligeables qui sont pleinement justifiées par le potentiel territorial original de cette filière.

  •     Les engrais et les amendements organiques enfin sont certes connus (composts), mais ils méritent pourtant d’être encore améliorés, normalisés et vulgarisés (métha-composts, organo-minéraux, cendres…) pour révéler pleinement leur valeur fertilisante face à leurs concurrents d’origines minérale ou chimique, et pour se développer à hauteur des enjeux agronomiques et environnementaux .

  • vitrailOn pressent alors qu’il est fondamental d’organiser dès à présent ces nombreux « appétits » concurrents de « carbone vert » afin de maîtriser les risques de conflits d’usage entre filières et de garantir une gestion soutenable des sols et des ressources. Et l’on perçoit ensuite que, moyennant l’ambition d’innover et d’investir, les nouveaux débouchés de la « bio-économie » offrent des opportunités attrayantes de diversification, de différenciation et de compétitivité aux entreprises françaises et européennes qui opèrent dans la filière bois-fibres, l’agro-alimentaire, l’énergie, la chimie, les matériaux ou les déchets, tout comme ils confortent la position du monde agricole et forestier et ses perspectives d’avenir.

Le CLUB des Bio-économistes. C Roy