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26.09.2014

Des questions inconvenantes…

« Ce n’est pas la fin du monde, mais c’est le début d’un monde fini. », dit l’économiste Philippe Chalmin. Comment s’adapter alors à une rareté prévisible de biens fondamentaux dont l’usage est devenu si banal dans nos pays développés ? « Les triples A de la bio-économie » , dont je vous recommande la lecture, explorent trois voies :  - Réduire nos consommations d’énergie et de matières premières en développant notamment les bio-énergies et les bio-produits qui sont naturellement sobres ! - Réapprendre et développer le « renouvelable » et le « sans carbone ». Là encore, les produits et les matériaux bio-sourcés savent répondre à l’appel avec puissance et originalité pour « décarboner » l’économie. - Gagner enfin du temps sur la dérive du changement climatique, en stockant et en « neutralisant » le plus de carbone possible, en particulier dans les végétaux, les sols et les produits du bois. Mais la bio-économie, qui répond ainsi présente face à tous ces défis, a en revanche des limites, ne serait-ce que celles des espaces et des ressources disponibles ! D’où certaines questions : Sommes-nous condamnés à la décroissance ? A 9 ou 10 milliards d’habitants sur Terre vers 2050, il n’y aura certes pas de décroissance globale. Mais ce qui est certain, par contre, c’est que si croissance il y a, elle devra être « verte », sobre et diversifiée. Et elle sera aussi bien moins « confortable » pour notre porte-monnaie… Ne faut-il pas hiérarchiser les risques et les enjeux pour affronter tous ces défis dans l’ordre ? Entre des micro-pollutions toujours gênantes, certes, mais pas « massivement » vitales, et le danger d’une sixième extinction de la vie terrestre par exemple, due à une dérive climatique, il faudrait effectivement pouvoir affronter dans l’ordre d’urgence et d’importance les VRAIS enjeux. Alors oui, par exemple, le principe de précaution devrait vraiment être assorti d’une hiérarchie des dangers et des priorités… sinon, tout peut se « gripper ». Comment nos systèmes publics de gouvernance et de prise de décision peuvent-ils faire face ? L’examen des processus de prise de décision internationaux montre une infinie lenteur doublée d’une dilution des suivis… Beaucoup s’interrogent alors et certains imaginent même, paradoxalement, que ce puissent être à terme les grandes multi-nationales qui finiraient « vertueusement » par assumer des choix planétaires durables ! Et que penser devant des choix tels que « manger et rouler », que veulent nous imposer certains ? Le débat entre « manger ou rouler » fut posé en termes polémiques à l’occasion du lancement des plans bio-carburants en Europe (2003-2005). Une telle vision théorique, qui vise à l’évidence à « dé-valoriser » le choix des bio-carburants, est étrangère à la réalité et aux modes d’approche des biologistes et des agronomes… ! - parce que le « périmètre » spatial de la production agricole mondiale n’est pas figé, loin de là ; - parce que les rendements des productions agricoles ne sont pas non plus figés, heureusement d’ailleurs ; - parce que la production de bio-carburants induit, tonne pour tonne, la co-production de sous produits protéiques précieux pour l’alimentation animale ; - enfin parce que, au moins en Europe, les objectifs de production de bio-carburants restent « modestement raisonnables » face à la puissance de nos agricultures. Il faut donc bien, en réponse à ces polémiques infondées et stériles, confirmer qu’en Europe, notre défi est bien à la fois de parvenir à « manger ET rouler »… dans certaines limites raisonnables, bien sur. Alors quoiqu’il en soit, sans perdre de temps, et pour faire face à toutes ces questions inconvenantes, redonnons de la sobriété à nos sociétés, et retrouvons les pratiques de bon sens pour favoriser les complémentarités naturelles entre les filières alimentaires et non alimentaires de l’agriculture. Le CLUB des Bio-économistes / E. Bour Poitrinal