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13.08.2015

Bioéconomie: l’atout France (avec le concours de l’APCA)

Bioéconomie: l’atout France…. (extrait d’interview pour la revue « chambres d’agriculture » /// Juillet 2015)

 

>>> Expliqué simplement, qu’est-ce que la bioéconomie ? Et pourquoi connaît-elle une actualité si forte dans les politiques publiques européennes et internationales ?   Après deux siècles de règne des énergies fossiles, des défis sans précédents nous attendent au cours des prochaines décennies : croissance de la population mondiale; réchauffement climatique ; épuisement des réserves d’hydrocarbures et de certaines matières premières; disponibilités réduites en eau et en terres ; suffisance alimentaire… Pour y faire face, il apparaît qu’une mise en valeur efficace des terres agricoles et des forêts, conjuguée avec le développement de leurs filières de transformation, sont des vraies solutions durables ! Grâce aux valorisations multiples de la biomasse photosynthétique, ces solutions permettent en effet d’amortir le réchauffement climatique et de prévenir notamment le tarissement annoncé des réserves mondiales d’hydrocarbures. Car si la biomasse est à la source de notre alimentation, elle permet aussi de produire massivement des substituts partiels au « pétrole roi » : fertilisants organiques, matériaux variés, molécules pour la chimie et énergies renouvelables diversifiées comme les biocarburants, les gaz, la chaleur ou la bio-électricité. Et c’est précisément cette économie « verte » renaissante, originale, systémique, sobre et créatrice d’emplois qui est en jeu et que l’on appelle la « bioéconomie ». Tant d’avantages justifient largement l’engouement international pour les biofilières né il y a une trentaine d’années, et considérablement renforcé depuis la matérialisation des défis climatiques.

 

>>> Que représente la bioéconomie en France ? La France a probablement été le premier pays en Europe à définir une stratégie bioéconomique, étudiée dès 2003, avec en appui un plan biocarburants, un plan biocombustibles et un plan chimie du végétal et biomatériaux. Cette stratégie fut présentée et approuvée en Conseil des Ministres en 2006. Aujourd’hui, il s’agit seulement pour la France d’affiner cette analyse à la lumière des nouvelles stratégies européennes et du nouveau paquet énergie climat, ainsi qu’avec les engagements climat de cop 21 en vue. N’oublions pas que la bioéconomie pèse pour 50% dans les objectifs renouvelables de notre pays! Pour la France, la Bioéconomie recouvre bien sur l’agroalimentaire (400 000 emplois) et la filière forêt-bois (200 000 emplois) mais aussi des biofilières plus récentes, nées il y a moins de 30 ans (neo-matériaux, chimie du végétal, biocarburants, biocombustibles) et qui représentent plus de 70 000 nouveaux emplois (avec 14 Mds€ / an de chiffre d’affaires) Toutes ces activités massives fournissent 5% de notre consommation nationale d’énergie et l’essentiel de nos matériaux et molécules chimiques renouvelables. D’ici 2030, nos feuilles de route climatiques et énergétiques prévoient plus ou moins un doublement de ces performances, puis encore un nouveau doublement d’ici 2050. Cela laisse entendre que la bioéconomie pourrait représenter 20 à 25% de notre économie d’ici 2050, c’est à dire aussi 20 à 25% de nos ressources post-pétrolières. L’importance de l’agriculture et de la sylviculture de production, et des professionnels « de la terre », n’en apparaît donc qu’avec plus de force…

 

>>> Selon vous, quelles sont les perspectives de développement bioéconomiques (avec freins et leviers) ? Cette question est complexe! Les perspectives du « facteur 4 » (division par 4 des émissions de gaz à effet de serre en 50 ans), qui induisent aussi de multiplier par quatre le poids de la bioéconomie d’ici 2050, signifieront probablement pour nous tous une « nouvelle civilisation », plus terrienne, plus coûteuse, plus contraignante et profondément modifiée dans son organisation…. La bioéconomie, renouvelable et sobre, en constituera « par nature » un des pilliers majeurs; On ne peut donc imaginer des perspectives de développement bioéconomiques à long terme qu’avec confiance, et ceci pleinement au profit de « l’économie des champs et des bois », des agriculteurs et des forestiers; Mais à court et moyen terme, comme dans le passé, il y aura encore bien des résistances, des jeux d’intérêt hostiles, y compris même de la part de certains courants de l’écologie… Et les politiques climatiques, dans le même temps, restent encore à sceller, ce en quoi la conférence COP21 de décembre prochain sur le climat jouera un rôle essentiel pour notre futur commun.

 

CLUB des Bioéconomistes / C. ROY