coucher soleil

29.01.2017

Retour vers le biofutur

Notre planète a 4,5 milliards d’années !

Un milliard d’années plus tard, des microorganismes marins photosynthétiques, les stromatolithes, commencèrent à absorber le gaz carbonique en excès dans les océans et dans l’atmosphère, et à y rejeter de l’oxygène source de vie sans lequel les plantes, les animaux, les hommes n’existeraient pas.

Les hommes, parlons-en ! Il y a quelques millions d’années seulement que les premiers hominidés, bipèdes, firent leur apparition en Afrique avant de coloniser les continents dans une lente « odyssée de l’espèce ». Et cette évolution fut lente, c’est bien le mot. L’art, l’agriculture, les premières technologies, tout fut contraint, en particulier par la rareté de l’énergie. Et l’homme était et resta longtemps confronté à une lutte permanente pour sa survie, avec une espérance de vie bien courte. Nos ancêtres devaient conquérir en permanence les moyens de base de leur subsistance : boire, se nourrir, s’abriter, se chauffer, se déplacer, cultiver…

Cultiver l’espace, le domestiquer, terres, forêts, mer, n’était pas un vain mot. Le « mesnage des champs » cher à Olivier de Serres fut, jusqu’au XIXème siècle, la règle d’or d’une gestion prudente, précautionneuse, du capital « terre » : un tiers de l’espace pour se nourrir, un tiers de l’espace pour « nourrir » la terre par des jachères et un tiers de l’espace enfin pour assurer les autres productions « non alimentaires ».

Les territoires de vie étaient réduits et les déplacements rares. Les échanges de biens étaient limités aux produits et aux marchandises vitaux ou précieux. L’énergie devait se gagner à la force des bras et de l’intelligence des hommes. C’était un monde sans chômage où le travail, le fourrage pour les animaux de trait, le bois, l’eau et le vent tenaient lieu de « bouquet énergétique ».

Ces territoires de vie étaient convoités au gré des migrations des hommes, à défaut de pouvoir déplacer facilement les marchandises. Et lorsque ces territoires étaient épuisés, ou lorsqu’ils s’avéraient incapables de subvenir aux besoins vitaux d’une population croissante, les civilisations s’éteignaient, migraient, s’intégraient dans des vagues de conquête pour aller coloniser d’autres terres précieuses !

Puis, il y a deux siècles, on apprit à domestiquer l’énergie fossile : le « charbon de terre » d’abord, puis le pétrole et plus récemment le gaz. Cette énergie fossile, abondante, dormait sagement sous terre depuis plus de 300 millions d’années, témoin d’ères géologiques révolues ou de la biomasse terrestre et marine en excès, véritable « pompe à carbone » atmosphérique, s’était lentement transformée en hydrocarbures sous les pressions énormes nées des océans et des mouvements tectoniques et sédimentaires.

En quelques dizaines d’années, l’homme entra dans « le progrès », dès lors que la machine dopée à l’énergie put décupler son propre travail et lui ouvrir une porte d’accès plus aisée aux transports et au commerce. Et tout s’est accéléré depuis, dans une course effrénée. Toujours plus de « progrès », toujours plus d’énergie, toujours plus de technologie, toujours plus de croissance, mais aussi toujours plus de dépendance à une perfusion énergétique permanente.

Revoyons le film de notre civilisation et de ses avancées depuis deux siècles ! Enlevons le charbon, le pétrole, l’électricité, le gaz : Nous en serions restés alors à un stade de développement proche de celui de nos ancêtres du XVIIIème siècle !

Tout s’accélère encore, plus et plus vite. Nous avons consommé en 20 ans autant d’énergie que dans les 80 ans qui ont précédé, et, au total, nous aurons consommé, en 100 ans, autant d’énergie que depuis l’aube de l’humanité… Nous sommes tous « drogués » à l’énergie. Il faudrait aujourd’hui, à chacun d’entre nous, 80 « esclaves » pour produire l’équivalent en « travail » de ce que nous consommons en chaleur, carburant, et électricité.

Tout s’accélère, et la démographie mondiale est dans la même spirale. Jamais, jusqu’au XIXème siècle, la population mondiale n’avait excédé 1 milliard d’habitants. En 1960, elle passa le cap des 3 milliards, puis celui des 6 milliards en 2000. Nous partageons aujourd’hui la planète avec plus de 7 milliards d’êtres humains ! Et l’on prévoit, pour 2050, dix milliards de terriens dont 10 % à peine vivraient dans les pays de l’actuelle OCDE et dont 70 % seraient des citadins… Et encore, les politiques de régulation de la natalité ont déjà bien fait leur œuvre, beaucoup plus vite que prévu d’ailleurs…

Alors, disons que nous aurons à faire face à un « plateau démographique » de 9 ou 10 milliards d’habitants vers le milieu de ce siècle. Cette population sera vieillie par la combinaison mathématique d’une natalité réduite et d’une augmentation de l’espérance de vie. Est ce durable ?

Certainement pas, convenons-en ! Ni d’un point de vue économique, ni d’un point de vue social, ni d’un point de vue biologique même, la démographie planétaire, et surtout son vieillissement ne sont soutenables…

Il est donc probable, il est certain même, que les grands pays qui ont freiné leur natalité à marche forcée, comme la Chine, devront la relancer tôt ou tard. Le dogme chinois de l’enfant unique n’est-il pas déjà révolu ? Et alors, le cap des 9 ou 10 milliards d’habitants sur Terre pourrait bien être révisé à la hausse, sauf pandémie catastrophique.

Tout s’accélère donc, et l’on puise dans les réserves de ressources épuisables sans retenue : Plus de population, encore plus de développement, encore et encore plus d’énergie fossile déstockée, consommée, brûlée, en rendant à l’atmosphère le dioxyde de carbone patiemment capté par la photosynthèse terrestre durant des centaines de millions d’années. C’est bien de cela dont on parle : l’accroissement fulgurant de l’effet de serre sur notre planète et le changement climatique ?

Oui, c’est bien cela, et la menace pèse lourdement sur notre avenir. La « pompe » à carbone planétaire, océans, végétaux, forêts, sols, n’absorbe et ne recycle chaque année que l’équivalent de 3 milliards de tonnes de carbone tandis que nous, les hommes, continuons d’en émettre dans l’atmosphère près de 8 milliards. Là aussi, tout s’accélère au gré du développement des peuples et de leur insatiable appétit énergivore : appétit des plus riches au nom de la technologie, de la compétitivité et du « confort » ; appétit des plus pauvres au nom du « modèle » qu’ils ont sous les yeux chez nous, les plus riches, et qu’ils aspirent bien entendu à reproduire…

Calculons bien : l’équilibre climatique de la planète pourrait être théoriquement assuré si nos activités humaines ne rejetaient donc pas plus de 3 ou 4 milliards de tonnes de carbone chaque année, au lieu de 8 ! C’est à dire si chacun des habitants de notre Terre se bornait à ne consommer et à n’émettre que 400 à 500 kg de carbone chaque année. C’est l’objectif du « facteur 4 » ! Eh bien, sachons que cet objectif, 500 kg de carbone par an, c’est l’équivalent de la consommation moyenne d’un passager lors d’un vol transatlantique aller-retour ! Comme l’écrit dès lors Philippe Chalmin, le fondateur de Cyclope, « ce n’est pas encore la fin du Monde, mais c’est bien le début d’un Monde fini… ».

On perçoit donc bien le défi. Il est triple :

- Nous devons réinventer, vite, une société sobre en énergie et en matières premières

- Nous devons développer, vite, des sources d’énergie et de matières premières sans carbone fossile, c’est à dire renouvelables ou d’origine fissile

- Nous devons agir enfin, vite, pour « stimuler » la capacité de l’écosystème terrestre à absorber et séquestrer durablement du CO2 atmosphérique, notamment par la photosynthèse, par la valorisation des productions végétales et forestières, et par la gestion prudente des sols (c’est la renaissance de la bioéconomie…).

Et tout ceci, dont la bioéconomie est partie prenante, fut au « menu » de la conférence COP 21 sur le climat, tenue à Paris en décembre 2015. Dès lors, quelle société prépare-t-on pour nos enfants ? Ou plutôt, quel modèle nos enfants devront ils adopter pour acquitter la « facture » climatique et énergétique que nous leur aurons laissée ?

A 10 milliards d’habitants, si le « bonheur » de pouvoir boire et manger, se chauffer et s’abriter, en accédant à un minimum de bien être, est enfin partagé par tous et non pas, comme aujourd’hui, interdit à plus de 1 milliard d’êtres humains, l’équation de 2050 n’est déjà pas facile à résoudre en elle même. A cette échéance en outre, l’énergie disponible sera rare, et donc chère…

C’est simple, disent alors certains, l’histoire humaine a prouvé, jusqu’au XIXème siècle, qu’un modèle de développement sobre, très autarcique, rural et peu technologique était viable : il n’y a qu’à s’en inspirer…

Mais c’est oublier que, jusqu’au XIXème siècle, la planète n’a jamais compté plus de 1 milliard d’habitants, soit 10 fois moins que ce que nous réserve l’avenir. Le projet planétaire avec « chacun son lopin » est donc un mythe pour 10 milliards de terriens…

Qu’à cela ne tienne, disent d’autres, l’histoire humaine a montré que la science, la technologie, les découvertes, étaient venues à bout de bien d’autres défis ! Mais c’est oublier là encore que tous les « progrès » qui ont permis d’augmenter le « rendement » technologique de notre civilisation n’ont été possibles que grâce à l’abondance d’une énergie fossile bon marché. Autre mythe que celui du tout technologique donc… car il a le défaut d’être terriblement énergivore !

Une chose est donc bien certaine alors : si solution il y a face au futur, cette solution ne sera pas unique. Nous devrons emprunter en même temps toutes les voies : la sobriété, le progrès technologique, le renouvelable et la mise en valeur incontournablement « efficace » du « capital terre ».

La sobriété, chacun peut l’imaginer à sa convenance : « prenez une douche plutôt qu’un bain » nous dit-on ! C’est là une bien douce vision de ce que nous nous verrons imposer, soit par la contrainte des réglementations, soit par le jeu des prix – puisque ce qui sera rare sera cher – : rouler, seul, dans sa voiture, même lentement ; prendre l’avion pour partir en vacances ; manger des légumes verts en hiver ; chauffer nos locaux à 20°C ; les climatiser ; s’échanger des marchandises d’un bout à l’autre de la planète ; promouvoir le tout plastique, le tout acier, le tout aluminium, le tout électrique, à grands renforts de kilowattheures etc. Tout ceci aura vécu, toutes nos mauvaises habitudes, et bien d’autres choses encore. Nous subirons une sobriété forcée par la loi ou les prix, comme celle que connurent nos parents et grands parents sous l’occupation !

L’innovation technologique, chacun peut en rêver, mais ce ne sera pas celle dont parlent encore aujourd’hui les enfants, faite de robots, d’aéroplaneurs individuels, ou d’étourdissante abondance. Elle sera au service de la sobriété, du rendement énergétique, de la captation efficace et renouvelable du vent et du rayonnement solaire, du recyclage des matériaux et des combustibles nucléaires, de la communication virtuelle palliant la contrainte de transports devenus très sélectifs, de l’isolation, de procédés industriels intégrés « sans regrets » etc. Cela créera de la richesse et de l’emploi, et d’autant plus d’emplois que moins d’énergie sera consommée. Ce sera une autre croissance « verte » où les idées devront remplacer le pétrole. Nous y sommes déjà !

La terre et sa mise en valeur, enfin, sont un enjeu d’un autre ordre, beaucoup plus complexe encore et tout aussi incontournable. Il fait appel à des savoirs oubliés par les générations d’urbains délocalisés que nous sommes. La terre et les forêts – comme les océans – sont un point de passage obligé et majeur du cycle du carbone planétaire. L’absorption photosynthétique fixe le CO2 de l’atmosphère dans les plantes, le bois, les racines, la matière organique des sols et les bioproduits. Cette « biomasse », à plus ou moins long terme, est re-décomposée pour rendre à l’atmosphère le carbone qu’elle lui a emprunté.

Cette re-décomposition peut être naturelle, et c’est alors toute la chaîne de la vie qui entre en action : fermentation, digestion, oxydation, dégradation anaérobie etc. Mais elle peut aussi être « détournée » par l’homme à son profit pour valoriser cette biomasse dans de multiples usages, alimentaires et non alimentaires.

Et c’est bien là que réside l’un des grands défis futurs puisque cette terre est appelée à nourrir 10 milliards d’hommes, mais aussi à leur fournir des matériaux, des produits et de l’énergie dans un contexte inéluctable de rareté des ressources fossiles, comme ce fut le cas jusqu’au XIXème siècle, (siècle où la population et la consommation étaient incomparablement plus réduites !).

Il faudra donc, d’abord, produire beaucoup, car les besoins iront croissants. Mais il faudra aussi produire sobrement, car l’énergie et les intrants seront rares, mais surtout car il faut préserver la fertilité des sols et leur structure pour économiser et protéger les ressources en eau et leur qualité. Et il faudra enfin produire en développant la diversité des systèmes car la diversité des itinéraires de production, des espèces ou des essences d’arbres est synonyme de « robustesse » face aux contraintes prévisibles imposées par le changement climatique et sa cohorte de risques : parasites, pathologies nouvelles, sécheresse etc.

La terre et les forêts retrouveront donc cette fonction vitale, oubliée ou mal comprise, qui consiste à répondre partout à des besoins en accroissement, variés et concurrents entre eux, tout en assurant le renouvellement durable des productions, la régénération du capital sol/eau et le maintien des grands équilibres. Et il s’agit bien aussi d’engendrer une production et une valorisation massives et durables de la biomasse, sous toutes ses formes et pour tous ses usages : amendements organiques et organo-minéraux pour les sols, denrées alimentaires, biomatériaux et produits de la « chimie du végétal », biocarburants, biocombustibles et bioénergies variées.

L’imposante nécessité de subvenir aux besoins alimentaires restera bien entendu prioritaire. De nouvelles terres « marginales » seront conquises et mises en valeur, y compris grâce au réchauffement du climat dans les zones « froides » de l’Europe, du continent Nord-Américain et de l’Asie ; les techniques agronomiques continueront de progresser pour améliorer les rendements, mais toujours avec l’impérative nécessité de la sobriété et de la diversification des systèmes de production ; les récoltes et leur stockage seront enfin partout sécurisées. Quant à l’aquaculture marine, elle atteindra des sommets !

N’oublions pas qu’il faudra, au minimum, doubler la production agricole mondiale utile pour satisfaire nos seuls appétits. Le « pari alimentaire » est donc déjà, par lui-même, un vrai défi à l’horizon du milieu du siècle. Et les besoins de la bioéconomie s’y surajoutent ! Car en effet, un autre pari s’impose, qu’il faudra affronter simultanément : celui de la substitution des ressources fossiles, et en particulier du pétrole, dont les réserves disponibles ne représentent plus que quelques dizaines d’années de consommation.

Il faut le dire d’emblée : jamais, quelles que soient les technologies disponibles, la valorisation de la biomasse, c’est à dire la bioéconomie, ne pourra remplacer totalement la consommation d’hydrocarbures. Elle ne constituera qu’une partie de la réponse, 20 %, 30 % peut-être au milieu du siècle, selon notre propre sobriété… ces chiffres étant à comparer aux 6 % actuels de parts de marché de l’économie bio-sourcée. Au delà de ces 20 ou 30 %, ce serait à coup sûr l’équilibre alimentaire de la planète qui serait mis en cause !

L’agriculture ne sera pas la seule, bien sur, à répondre à cette demande : la forêt, les productions ligno-cellulosiques, les déchets, fourniront d’autres ressources que les futures technologies de conversion de la cellulose permettront de transformer en carburants et en bases chimiques. Et l’on peut estimer dès lors, à l’échelle planétaire, que 500 à 800 millions d’hectares de terres agricoles et forestières devraient contribuer, vers le milieu du siècle, à la fourniture durable de « biomasse renouvelable » pour des usages énergétiques ou chimiques (outre les productions dédiées aux productions alimentaires et au bois matériau traditionnel qui resteront dominantes).

Ce potentiel, considérable, est réaliste notamment grâce aux ressources forestières mondiales. Il permettra, répétons le, de faire 20 à 30 % du chemin vers « l’après pétrole » et vers la maîtrise de la dérive de l’effet de serre. Les deux autres « tiers » de ce chemin devront résulter d’économies impératives des consommations et de progrès technologiques ou organisationnels majeurs dans tous les domaines de notre civilisation : habitat, transports, énergie solaire, énergie nucléaire, nouveaux matériaux, nouveaux procédés etc.

Il est surprenant que l’urgence et l’importance de tels défis ne soient pas apparus plus tôt dans les discours ! René Dumont en fut peut être un des premiers témoins dans les années 1970 ! Mais on accusa bien vite, à tort, ces « lanceurs d’alerte » de vouloir imposer la théorie de la décroissance, et leurs voix furent masquées… pour un temps.

Jusqu’à très récemment, avant les aléas récents du prix du pétrole, les échéances liées à la raréfaction des sources d’énergie fossile étaient tenues pour lointaines et incertaines, et l’on continuait à entretenir l’illusion que de nouveaux gisements, de nouvelles techniques de prospection et de forage, de nouveaux « gaz de schistes », de nouveaux miracles perpétueraient l’ère de « l’or noir » et son confort.

Jusqu’à récemment encore, la rapidité de la dérive de l’effet de serre était mise en doute, et le protocole de Kyoto, avec ses objectifs pourtant bien modestes, mit plus de 10 ans à être ratifié. On ne parlait pas encore sérieusement de biomasse, ni de bioéconomie !

Mais plus récemment, la conjonction des événements et des vérités scientifiques, notamment quant à la gravité et à l’accélération du changement climatique, conduisit enfin à prendre la mesure des dangers et de l’urgence en affichant en particulier l’objectif du « Facteur 4 » et en débouchant sur l’accord de Paris de 2015 : diviser par quatre, dans les pays développés, les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050 ! Un défi sans commune mesure bien entendu avec celui du protocole de Kyoto.

Et là, désormais, chacun parle de biomasse ! Et chacun en revendique les vertus, sans toujours les comprendre d’ailleurs. Partout, « l’or vert » du végétal est appelé en renfort, comme pour conjurer l’idée angoissante que nos sociétés pourraient, un jour, devoir se priver !

- On réalise, brutalement, que les carburants liquides sont, pour encore 50 ans au moins, le seul « concentré » d’énergie significatif qui puisse assurer massivement le transport au stade prévisible qui sera atteint par les technologies à cette époque ; et les carburants liquides ne peuvent être produits qu’à partir de pétrole… et de biomasse – ce sont les biocarburants – ou de charbon, mais avec dans ce cas des émissions de CO2 rédhibitoires. Il faut donc développer les biocarburants ! - On réalise, par la même occasion, que la pétrochimie est dépendante des mêmes ressources et qu’elle consomme, approximativement, le quart du pétrole qui est utilisé par les filières carburant. Il faut donc développer les bioplastiques et la chimie du végétal !

- On réalise encore le poids énorme du pétrole et du gaz – et même du charbon pour les pays d’Asie et les États-Unis – dans la fourniture de chauffage et d’électricité. Il faut donc développer les biocombustibles !

- On réalise enfin le coût énergétique considérable de la fabrication de nos matériaux dits « traditionnels », le béton, l’acier, etc. et l’on redécouvre la possibilité de faire appel, pour des usages équivalents, à certains matériaux renouvelables, sobres en énergie (de 9 à 30 fois moins « énergivores ») et séquestrant du carbone, à base de bois, de fibres, ou de composites d’origine organique. Il faut donc développer les biomatériaux !

Plus de 40 pays dans le monde, dont la France parmi les cinq premiers, se sont ainsi engagés dans cette voie que l’on appelle la « bioéconomie ». Toutes ces filières de valorisation de la biomasse ont une réalité technologique et économique. Elles ont vu le jour il y a 20 ans tout au plus dans leur forme moderne, succédant, après un intermède pétrolier de deux siècles, aux utilisations ancestrales de toutes les ressources végétales et animales de la terre. Elles sont en plein développement, malgré les obstacles, et la France n’est pas en reste dans cette compétition du « carbone renouvelable » : biocarburants, bois énergie, chimie du végétal, néo-matériaux etc. Notre pays a ainsi créé 100 000 emplois directs et plus de 2 000 entreprises en vingt ans dans ces nouvelles biofilières. Ces résultats seront encore doublés dans les 15 années à venir, et quadruplés d’ici 2050 !

S’agit-il alors d’un vrai « retour vers le futur » ? Oui, dans un certain sens, et « ce biofutur » dessine déjà la terre et ses produits comme des solutions modernes. L’agriculture et la sylviculture de production seront de fait au cœur des enjeux, n’en déplaise aux technologues et aux idéologues.

Mais ce oui qui précède fait immédiatement apparaître, en contrepartie, les limites qu’imposeront, au développement de ces productions non alimentaires, les besoins alimentaires mondiaux concurrents qui sont inscrits dans les perspectives démographiques de la planète.

Notre développement, tout innovant qu’il soit, sera donc contraint en réalité par des facteurs limitants aussi « rustiques » que vitaux : la terre, l’eau, l’énergie, tout comme ce fût le cas au long de l’histoire de l’humanité !

Nous avons l’obligation collective et individuelle d’être efficaces et économes de ces ressources agricoles et sylvicoles. Nous avons le devoir d’exploiter toutes les solutions technologiques existantes, et d’en découvrir de nouvelles, pour préserver et renouveler ces bioressources. Nous ne pouvons plus jamais nous dispenser d’exploiter avec efficacité et productivité touts les fruits de la terre, agriculture et sylviculture, mais aussi de le faire avec sobriété et diversité dans les choix.

C’est à ces conditions qu’un « retour vers le biofutur » est possible et durable !

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Le CLUB des Bioéconomistes, Claude Roy