externalités

25.10.2016

Les externalités en valeur

La bioéconomie, c’est la valorisation des fruits de la photosynthèse en aliments, matériaux, bases chimiques, fertilisants organiques et bioénergies variées… C’est « l’économie verte », comme on la nomme parfois.

Et si la bioéconomie est un mot nouveau, c’est d’abord une réalité très ancienne. Grâce à elle en effet, grâce à la biomasse, à la terre, aux forêts et à leurs produits, c’est l’essentiel de la civilisation humaine qui a été fondé depuis 10 000 ans. Et c’est encore la biomasse qui fut, dans les mers et les lagunes, à l’origine du charbon, du pétrole et du gaz aux ères géologiques…

* Une économie de substitution… La bioéconomie permet d’abord de réduire ou de remplacer l’utilisation d’hydrocarbures fossiles (lesquels sont épuisables à moyen terme) dans la chimie, l’industrie des matériaux et les filières énergétiques, grâce à la valorisation de ressources végétales ou animales renouvelables, toutes nées de la photosynthèse.

On peut ainsi faciliter notre transition énergétique et réduire le niveau global d’émissions de gaz à effet de serre. Cette contribution a de surcroît un coût minime, et la bioéconomie génère de multiples bénéfices collatéraux comme la substitution d’émissions de gaz carbonique, la réduction des impacts industriels ou le stockage biologique de carbone atmosphérique dans les sols, les végétaux et les bioproduits, dont le bois…

1 m3 de biomasse ou de bois stocke 1 tonne de CO2

1 m3 de biomasse ou de bois peut remplacer l’équivalent de deux barils de pétrole

* Une économie durable… En substituant des ressources fossiles, la bioéconomie entraîne par ailleurs la création d’emplois supplémentaires pour la production et la transformation des bioressources au sein des territoires, et ceci à travers toutes les filières des matériaux, de la chimie du végétal et des bioénergies (biocarburants, bois énergie, biogaz, bioélectricité,…). Cela dure depuis bien longtemps, tout en s’améliorant en permanence par l’innovation…

1 emploi direct supplémentaire est créé pour 1 000 m3/an de biomasse mobilisée, (soit pour 2 000 barils de pétrole/an substitués)

la création nette d’un emploi engendre une économie globale et un enrichissement collectif de 35 000 €/an pour notre pays

* Une économie sobre et prudente… Enfin, la bioéconomie contribue effectivement à réduire la dépendance énergétique et stratégique de notre pays, nos besoins en devises et les risques environnementaux ou géopolitiques nombreux attachés à l’économie pétrolière.

La filière française des biocarburants permet d’économiser l’importation annuelle de 1 Mds €/an de pétrole, soit l’équivalent de 70 tankers pétroliers de type Erika chaque année !

* Une économie responsable… Pourtant, et parce que notre monde est fini, la bioéconomie doit aussi être mesurée objectivement et prudemment comme une source possible de concurrence supplémentaire entre les différentes filières existantes qui valorisent les bioressources (ex. non alimentaire v.s. alimentaire ; bois énergie v.s. bois matériau…). De même, s’il n’était pas suffisamment maîtrisé, le développement de l’économie bio-sourcée pourrait engendrer parfois des déplacements d’usages et de territoires de production sur la planète (cf. le débat souvent dogmatique sur le changement indirect d’affectation des sols, appelé ILUC), tout en pesant parfois sur la biodiversité « naturelle ».

Toutefois, le débat et les polémiques relatifs à la bioéconomie et à ses effets supposés « menaçants » sont, en Europe au moins, de portée plus théorique (voire idéologique), que pratique. Les stratégies de développement y sont éminemment contrôlées. D’ailleurs, la mise en place de critères de durabilité pour la production et le commerce des biocarburants en est une preuve évidente. Aucune autre filière économique au monde n’est ainsi « certifiée durable ». Et l’économie des hydrocarbures, par exemple, se trouve singulièrement « dispensée » de telles preuves de durabilité, alors que ses impacts négatifs sont notoires et que ses gisements ne représentent plus aujourd’hui, probablement, plus que 40 à 50 années de notre consommation actuelle…

Les vertus de la bioéconomie sont donc flagrantes, et puissantes. On parle ainsi « d’externalités positives » quand on évoque, pour l’agriculture, pour l’agro-industrie ou pour la filière forêt-bois-fibres, les emplois qui en découlent, le carbone évité, les devises économisées ou les risques amortis par de telles économies bio-sourcées. Malheureusement, ces importants bénéfices externes de la bioéconomie ne sont pas reconnus ni valorisés. Ce sont des « services gratuits d’intérêt collectif » ! (à l’inverse, l’économie des hydrocarbures, quant à elle, n’assume pas et n’internalise pas la plupart des coûts externes importants qu’elle engendre pour la collectivité… guerres comprises).

La prise en compte de telles externalités, positives ou négatives, par les politiques publiques aurait sans nul doute un effet notable de rééquilibrage au profit de la compétitivité durable réelle des biofilières dans le contexte climatique et économique prégnant que nous connaissons. Ce serait un acte effectif de « politique durable ».

Le CLUB des Bioéconomistes