Pétrole

16.11.2016

Le pétrole… et après

Depuis 25 ans, sans qu’on le sache vraiment, les quantités de pétrole qui sont découvertes annuellement dans le Monde sont devenues, en année moyenne, inférieures aux quantités qui sont consommées sur la planète. Elles sont de plus en plus inférieures d’ailleurs, au fil du temps, c’est à dire que les réserves mondiales de pétrole sont chaque année de plus en plus réduites !

Viendra donc inéluctablement le moment, assez proche, où la production mondiale de pétrole et de gaz ne pourront que décliner (nonobstant le gaz de schiste, qui ne nous offre qu’un sursis), en attendant le déclin du charbon, un peu plus tard, et ce quels que soient les efforts et les investissements qui pourraient être réalisés pour chercher à relancer ces productions. Ce sera le fameux « peak oil », et la date de sa survenance (probablement proche..) fait encore débat pour la forme. Mais cette échéance n’a finalement que peu d’intérêt en soi, si ce n’est pour nous y préparer, puisqu’elle est de toutes façons inéluctable à quelques dizaines d’années près.

Comment dès lors envisager de pouvoir toujours consommer plus de pétrole (la tendance actuelle), dans un monde pourtant condamné à en produire irrémédiablement de moins en moins ? C’est là la problématique du « monde fini » que nous devons affronter, si éloignée pourtant de nos modes de vie et de pensée consuméristes ! Bien peu d’entre nous ont encore conscience que « l’assurance paraît toujours trop chère… avant l’accident »…

Le pétrole et le gaz, qui sont substituables entre eux pour beaucoup de leurs usages, assurent près de 55 % de la fourniture mondiale d’énergie, avec en outre le charbon (plus de 20 %) et le nucléaire (plus de 5 %). Le tout se complète à hauteur de 19 % par la contribution des énergies renouvelables, dont les trois quarts proviennent de la biomasse (pour cette dernière, l’utilisation domestique traditionnelle du bois pour la cuisson dans les pays en développement reste encore majoritaire, et n’est pas étrangère à certains phénomènes de désertification…). Le pétrole, aujourd’hui, sert de carburant pour 55 %, de combustible (fioul) pour 35 % et de base pour la pétrochimie à hauteur de 10 %.

C’est précisément cette abondante disponibilité passée du pétrole et sa flexibilité dans ses différents usages qui ont été les principaux moteurs du « progrès » économique et social de l’ère moderne, et surtout au cours de ces 50 dernières années.

Mais avons nous vraiment conscience aujourd’hui, dans nos actes quotidiens, dans nos habitudes, que nous sommes tous profondément dépendants de cette perfusion pétrolière permanente et croissante ? Pouvons nous imaginer ce qu’il adviendrait autour de nous, de tout ce qui nous semble aujourd’hui « aller de soi » dans notre société et dans nos vies, si cette « transfusion énergétique » insidieuse, mais massive, venait à se tarir ou même à décroître ?

Et pourtant, c’est bien ce qui nous attend avec certitude, et ceci à des échéances finalement très proches, dans moins de trois générations probablement ! Que faire dès lors pour prévenir un autre « choc pétrolier », et s’y préparer, alors même qu’un tel choc sera inéluctable et structurel, définitif, probablement proche dans le temps, et considérablement plus violent que ceux de 1973 et 1979 qui n’étaient en fait que des alertes purement conjoncturelles ? Comment changer de cap dans l’addiction énergétique de notre habitat, de nos transports, de nos comportements et de nos habitudes confortables ?

La France, qui a fait massivement le choix du nucléaire, (même si ce choix peut heurter certains), ne sera pas dans la situation la plus critique pour faire face, comparée à ses voisins, d’autant qu’elle a déjà engagé parallèlement, avec l’Europe, une stratégie « énergie-climat » vertueuse. Mais le défi sera bien mondial et nous devrons l’affronter globalement…

> Réduire les consommations

L’énergie la plus vertueuse est celle qu’on ne consomme pas. Le pétrole n’y échappe pas, et ce d’autant moins qu’il est une ressource rare, précieuse et finie. Carburants ou combustibles fossiles doivent donc devenir synonymes d’économies et d’efficacité systématiques, dans les technologies comme dans les usages que nous en faisons.

> Développer des voies énergétiques alternatives

La sobriété, l’efficacité énergétique, il faut le redire, sont et resteront bien le préalable indispensable à toute stratégie de succès, à défaut de quoi toute autre solution énergétique alternative, renouvelable ou purement technologique, ne ferait que tenter vainement de remplir un puits sans fond. Alors, venant en appui aux solutions et aux comportements économes, la recherche de voies nouvelles de remplacement du pétrole, notamment renouvelables et « sans carbone », est à l’évidence incontournable elle aussi.

Et les solutions ne manquent pas (surtout, d’ailleurs, pour substituer l’électricité…) !

- La force hydraulique des barrages produit de l’électricité, tout comme l’énergie marémotrice ou comme celle des vagues et des courants.

- L’énergie éolienne est à la source d’électricité intermittente, au gré des vents.

- L’énergie solaire directe (dont le rayonnement, sur l’ensemble de la planète, équivaut à 10 000 fois notre consommation énergétique totale au plan mondial !) permet la production de chaleur, mais aussi d’électricité plus ou moins intermittente grâce aux technologies photovoltaïques ou à miroirs (solaire à concentration).

- La géothermie, qu’elle soit de surface avec les pompes à chaleur ou profonde grâce à des forages, permet de produire de la chaleur et dans certains cas de l’électricité.

- La biomasse agricole et forestière enfin, tout comme les algues ou les déchets organiques, fournit des molécules hydrocarbonées. Ce sont les seules sources d’énergies renouvelables capables de substituer directement des hydrocarbures (et pas seulement de l’électricité), y compris pour la chimie. Et ces molécules hydrocarbonées peuvent à leur tour générer des matériaux et des bases chimiques, mais aussi des carburants, du gaz, de la chaleur et de l’électricité grâce à de multiples technologies.

Pour conclure, il est malheureusement certain que, toutes économies confondues et toutes énergies alternatives rassemblées, il serait impossible de faire face à une pénurie pétrolière telle qu’annoncée dans un Monde où la civilisation du « tout-automobile » que nous connaissons en Europe de l’ouest (et plus encore aux États-Unis) se serait généralisée aux 85 % de la population mondiale qui sera issue des pays émergents ou en développement en 2050… et ceci même avec l’appui de la bioéconomie, qui a aussi ses limites, et même si les filières renaissantes du « carbone vert » offrent des voies séduisantes et diversifiées pour affronter le futur.

Le CLUB des Bioéconomistes