Forêt française

27.12.2016

Ce que cache véritablement la forêt française

La forêt française et les formations ligneuses (haies, bosquets…) génèrent annuellement 120 à 130 Mm3/an de production ligneuse brute renouvelable (biomasse totale annuelle de tous diamètres, ou accroissement biologique). C’est l’équivalent de 4 m3 de bois qui sont produits chaque seconde par la photosynthèse, ou soit encore 4 tCO2 atmosphérique qui sont absorbées et stockées durant cette même seconde…

Sur cette production biologique totale, 70 Mm3/an environ sont prélevés pour l’industrie (env. 40 Mm3) et pour l’énergie (env. 30 Mm3). Une ressource ligneuse résiduelle de l’ordre de 50 Mm3/an n’est donc pas récoltée… mais… sur ces 50 Mm3 résiduels :

* environ 15 Mm3/an ne seront pleinement disponibles et récoltables qu’après 2025-2030, car ces volumes appartiennent à de jeunes forêts qui ne sont pas encore parvenues à maturité (dernières classes d’âge des plantations issues du Fonds forestier national),

* environ 15 Mm3/an sont de fait détruits (mortalité naturelle ou accidentelle) ou physiquement « non mobilisables » car inaccessibles.

Les entreprises du secteur bois-fibres (industrie et énergie) disposeraient donc en France chaque année d’une « réserve » d’approvisionnement supplémentaire disponible (pour le marché français et l’exportation) de 20 Mm3/an environ (120 Mm3 – 70 Mm3 – 15 Mm3 – 15 Mm3 # 20 Mm3/an). Mais il s’agit en fait d’une « réserve » qui s’avère souvent plus difficile et plus chère à mobiliser pour des raisons structurelles et logistiques, et qui est surtout composée d’essences feuillues de médiocre qualité et de faible valeur (taillis). Ceci en explique largement la sous-mobilisation.

Toutefois, cette ressource supplémentaire captable (la « réserve ») devrait presque doubler d’ici 10 à 20 ans, et ceci surtout grâce à l’arrivée à maturité des ultimes classes d’âge des plantations résineuses provenant du FFN. Il faudra prioritairement renouveler et développer bien entendu ces peuplements résineux qui sont d’une importance extrême pour les industries françaises. C’est pourquoi la relance de plantations résineuses en France (et notamment du Douglas) est si stratégique (nb. Les bois résineux constituent l’essentiel des marchés du bois qui sont en croissance et dynamiques, notamment dans la construction et l’emballage, et leur production insuffisante en France alimente une large part du déficit commercial de la filière bois-fibres)…

La productivité à l’hectare des peuplements résineux est d’ailleurs en France pratiquement le double de celle des peuplements feuillus (voire le triple pour ce qui concerne les 400 000 ha de douglas plantés après la guerre). Ils absorbent et séquestrent donc deux à trois fois plus de carbone atmosphérique dans l’espace et dans le temps…

Face à ces défis, les handicaps de la forêt française qui sont communément présentés au public sont souvent déformés. La forêt française productive n’est en effet pas si morcelée qu’on le dit. Par exemple, 10 Mha et 25 Mm3/an de production, soit les 2/3 environ du total, dépendent en réalité de 400 000 propriétaires seulement (sur un total de 3 millions !) et sont encadrés par à peine 150 structures gestionnaires (l’ONF, 27 coopératives et 120 experts privés).

Il manque donc en résumé, comme évoqué ci dessus, l’équivalent de 10 Mm3/an de bois résineux français à notre filière bois, lesquels doivent aujourd’hui être importés.

Un tel volume pourrait facilement être produit en France sur seulement 700 000 hectares de nouvelles plantations résineuses à constituer. Et il suffirait en fait de 15 ans environ pour planter ces 700 000 ha à raison de 50 000 ha/an. Ces reboisements « libéreraient » en outre, dans le même temps, et immédiatement, 10 Mm3/an de volumes de petit bois feuillus supplémentaires préexistants sur les parcelles de taillis à reboiser et non valorisés à ce jour. Bien entendu, de nouveaux instruments juridiques et financiers sont nécessaires pour parvenir à relancer de tels reboisements, et doivent être élaborés avec des financiers spécialisés (dérivés de la fiscalité forestière qui reste à rénover, dérivés du marché du carbone ou d’autres externalités, ou dérivés des marchés financiers par la titrisation des plantations ou par des ventes à terme…).

Vis à vis de ces reboisements résineux, on comprend mieux l’enjeu qui est en cause pour la filière bois et l’économie française, pour notre balance commerciale et pour l’emploi, en comparant (voir ci-dessous) les situations française et allemande en la matière…

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Le CLUB des Bioéconomistes